Londres-Justine

Voyager à Londres sur un coup de tête / Adeline Arénas

17 juillet 2017

Il y a un peu plus d’un mois, je suis allée à Londres pour la première fois de ma vie. « Super, pensez-vous, encore un article qui va nous vanter les beautés de la capitale anglaise avec des yeux naïfs et émerveillés. » Cet article n’est pas sur Londres, mais parle des raisons qui peuvent pousser à entreprendre un voyage sur un coup de tête. Et du voyage en lui-même.

Jusqu’à il y a plus d’un mois, je n’avais jamais été à l’étranger. Dans mon esprit, il y a une liste de villes du monde où je rêve d’aller, et puisque cette année j’avais résolu de remplacer les « je voudrais aller à… » par « j’y vais », j’ai décidé d’aller à Londres sur un coup de tête avec une amie. Je suis d’avis que si un aspect de votre vie part en vrille, l’autre se doit d’être fantastique. (Je déteste ce genre de phrase façon développement personnel, mais l’idée est vraie.) Il faut bien avoir une raison qui nous pousse à sortir du lit le matin, pas vrai ? Donc, pour limiter la casse niveau mélancolie et renouveler une inspiration qui était décidément en congés prolongés, je suis partie à Albion pendant le week-end de la Pentecôte. En posant un jour en plus, histoire d’avoir le temps de visiter quelques trucs.

thedayishere

Pour être totalement exacte, et si on exclut le trajet en lui-même, j’ai passé trois jours entiers à Londres. C’est largement insuffisant pour tout voir, mais ça m’a permis de visiter des lieux dont je rêvais depuis… allez, au moins dix ans ? J’ai donc pris l’Eurostar et j’ai refusé de croire que j’étais en partance pour l’Angleterre jusqu’à l’instant où mes pieds ont touché le sol de la gare Saint-Pancras (merveille steampunk, soit dit en passant).

Je ne vais pas faire un récit chronologique de ces trois jours. J’aimerais juste revenir sur les choses les plus marquantes que j’ai vues ou ressenties. Et j’insiste : si vous vous sentez mal, partez en voyage. La prise de recul – au sens propre comme figuré – est garantie. L’inspiration qui revient en flèche aussi.

1. La Tate Britain. C’est l’endroit que je voulais le plus visiter, car une de ses pièces est consacrée au mouvement préraphaélite, mon courant de peinture préféré. Les « stars » du mouvement étaient toutes présentes : Millais, Holman Hunt, Waterhouse, Arthur Hughes, et mon préféré, Dante Gabriel Rossetti. Il y avait aussi d’autres toiles que je n’aurais jamais pensé voir à cet endroit, comme The Death of Chatterton d’Henry Wallis, ou The Fairy Feller Master-Stroke de Richard Dadd. Voir toutes ces œuvres réunies au même endroit a été le moment le plus émouvant de mon voyage. Lifegoal achieved, comme diraient certains. (« Plus qu’à en trouver un nouveau », comme dirait une pragmatique personne de ma connaissance.)

tatebritain
Entre autres : Proserpine de Rossetti (en haut à gauche), Ophélia de Millais (en bas à gauche) et The Death of Chatterton de Wallis (en bas à droite). Sur le même pan de mur.

2. Baker Street. Hommage fut rendu à Sherlock Holmes et à Conan Doyle, que je mentionne dans ma pièce Le Vampire de la rue Morgue. Même si elle enquête dans une sphère différente, je suis persuadée que son héroïne n’existerait pas sans eux.

3. Le West End est un des endroits les plus surréalistes que j’aie pu voir. (Si vous voulez du surréalisme au niveau du décor et de l’ambiance, allez faire un tour à Camden.) L’endroit est rempli de théâtres, bien entendu. Mais savoir que les acteurs Andrew Scott, Damian Lewis et David Tennant jouent leurs pièces à cinq minutes les uns des autres, c’est… Je veux dire, c’est quoi, le truc ? Vous vous retrouvez à midi pour casser la croûte ensemble et parler de la représentation du soir ?

4. Les librairies. Ai-je précisé que j’avais prévu un « budget livres » pour mon voyage ? Il fut dûment utilisé.

5. Le simple fait d’être à Londres, d’avoir enfin posé le pied sur une ville tant rêvée et explorée grâce aux livres, aux films, à la musique et aux séries. Le sentiment d’accomplissement est une chose à la fois étrange et très satisfaisante.

Quand j’ai contacté Justine Bonie, la nouvelle artiste fantastique de Ta Chatte, afin qu’elle réalise une illustration pour cet article, je lui ai demandé de dessiner quelques bâtiments clés de Londres et, si possible, une petite dame au milieu. Elle a représenté Big Ben et la Tate Britain (elle m’a demandé où j’étais allée). Mais surtout, elle a dessiné une petite dame qui danse. Outre le fait qu’elle ait les mêmes cheveux que moi et que ça soit absolument volontaire, l’image m’a touchée parce qu’elle représente exactement que j’ai ressenti en allant là-bas. Le soulagement, la libération, le fait d’avoir accompli quelque chose, et de pouvoir repartir sur de bonnes bases une fois revenue en France. (Oui, je danse souvent chez moi.) (Non, vous n’avez pas envie de voir à quoi ça ressemble.)

Même si ça n’a duré que trois jours. Alors voici mes conseils pour les moments où vous rien ne va plus, où tout vous insupporte et où vous n’avez qu’une envie : vous barrer.

ratatouille

Partez sur un coup de tête. Pas forcément à l’étranger, mais chez un.e ami.e, dans une ville qui vous botte, et ne planifiez pas trop. Assurez-vous juste que vous avez un lit où dormir et des transports, le reste suivra. C’est sans doute la meilleure chose que vous déciderez de faire par les temps qui courent.

Si vous ne pouvez pas partir, faites des choses inédites et qui vous plaisent. Écrivez un spectacle, allez à des concerts, mangez des tacos. (Ou toute autre nourriture que vous n’avez jamais tentée mais qui vous semble chouette.) Et surtout : ne prévoyez pas toujours. Parfois, les impulsions subites ont du bon.

De là à recharger votre motivation et vous mettre à danser partout, il n’y a qu’un pas.

 

Adeline Arénas.
Illustration de couverture : Justine Bonie

Catégories
Sorties & Expo
Étiquettes