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Mission au Burkina Faso : La troisième semaine.

28 mai 2017

C’est déjà les aventures de la troisième semaineeeee.
Si vous voulez en savoir plus sur l’association avec laquelle je suis partie, c’est par ici : Afrika Tiss.

 

Lundi 15 mai :

Pas de grosses actions intéressantes à raconter ici aujourd’hui.
Sauf parler du Dégué. Le Dégué, kezaco : c’est un sorte de yaourt avec du petit mil mélangé dedans. On fait tremper ça un moment pour ramollir le mil et on ajoute plein de sucre. C’est un peu le porridge local. Le goût est assez particulier, notamment lors de la première cuillière. Relativement impossible à décrire mais peut-être un peu rance. On s’habitue ensuite et ça devient un chouette petit-déjeuner.

Ce qui me manque le plus en terme d’alimentation par rapport à la France est certainement le fromage. Heureusement, on peut en trouver au marché de l’ATB. Il est bien bien fort, mais ça permet de combler le manque.

 

Mardi 16 mai :

Après avoir continué mon nouage d’écharpes pour la teinture, je m’atèle à des lectures sur le bogolan, de la technique à la symbolique. J’avais compris que la symbolique et le chamanisme étaient très présents dans les croyances locales mais pas à ce point-là.

Les motifs tracés sur le bogolan doivent protéger celui qui porte ce pagne teint du mauvais sort.
Le bogolan, c’est quoi ? C’est une technique de teinture qui consiste à utiliser une décoction de plantes (en général celle des feuilles de Ngalama, le bouleau local) et une terre riche en oxyde de fer (l’argile locale en somme). Le terme « bogolan » vient de « bogo » : Boue, Terre et « lan » : Processus. C’est donc une teinture « faite avec la terre ».
Les motifs réalisés en bogolan représentent des empreintes, celles de l’homme et de l’animal. Les motifs sont très symboliques : ils sont à la fois mise en garde et protection. Ils repoussent du danger de l’inconnu et permettent de dévoiler la ruse. L’étoffe protège la personne qui la porte. Chacun des motifs est particulier et leur position sur l’étoffe a aussi une grande importance. Il y a tant de symboles que celui qui porte ce bogolan n’est pas toujours capable de comprendre sa réelle signification. Seul celui qui l’a réalisé est en général capable de l’expliquer en globalité.
Les motifs réalisés peuvent par exemple être : la hyène dans la boue, la tourterelle, la jeune fille boiteuse…

Motifs du bogolan.

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Dans l’après-midi, un prêtre Burkinabé qui tient lui aussi un centre textile vient nous rendre visite. Nous discutons ensemble des droits des femmes, de leur condition, de leur « valeur » pour la famille. Donner des sous pour l’éducation d’une fille est encore, pour certaines personnes, jeter de l’argent par les fenêtres (puisque la fille va finir dans la famille du mari).
« Dans les villages, les filles peuvent avoir des enfants dès 10 ans. Avoir beaucoup d’enfants est une richesse pour le chef de famille. Ce n’est plus le cas de la même façon maintenant mais auparavant, les enfants étaient la main d’œuvre pour aller aux champs. Maintenant les enfants ne servent plus de mains d’œuvre mais les mentalités n’ont pas évolué ».
D’autres sujets sont aussi abordés comme celui de l’excision, des viols des femmes qui ne veulent pas refaire un enfant, du sida, de la contraception, de l’éducation genrée des petites filles qui doivent faire la cuisine pendant que leur frère a le droit de jouer aux billes.

Si je retranscrivais toute cette rencontre, je suis sûre qu’il y en aurait pour des heures. Ce qui est certain, c’est qu’elle m’a ouvert les yeux sur certaines choses et qu’elle m’a forcément un peu changée.

Je finirai simplement sur cette métaphore : « Ne plante jamais de Néré, c’est interdit. Plante un manguier ».
On dit qu’il est interdit de planter un Néré ici, au Burkina. Enfin c’est ce qu’on dit. A la différence du manguier qui produit tout de suite, le Néré va mettre 70 ans à produire ses fruits. Comme il ne produit rien de toute une vie humaine, on ne doit pas le planter ici.
Pourtant comme le souligne le prêtre, « il faudrait songer à commencer à planter des Néré pour sauver notre pays ». Voir à plus long terme, voir pour les générations futures, commencer des initiatives à son échelle qui seront poursuivies par un autre demain.

 

Mercredi 17 mai :

Je commence ma journée en faisant le tour du quartier pour aller récupérer des peaux d’avocats auprès de mes voisines de quartier. Une de mes voisines fait des sandwichs à l’avocat, c’est pratique pour récupérer les peaux. Je vais donc expliquer ma démarche et lui laisser un récipient avec couvercle pour qu’elle puisse me ramener les peaux.

Je rencontre aussi Sofie, une Belge qui vient faire une étude pour Design For Peace (une association liée à Afrika Tiss qui aide à la réinsertion des artisans Touaregs, refugiés de guerre maliens) et le HCR (Haut comité pour les réfugiés). Si vous voulez voir les produits réalisés, c’est ici (Milk Décoration). Sinon, vous pouvez aller sur le site de l’association.

 

Jeudi 18 mai :

C’est l’heure du… Premier ananas local, miam. Par contre, j’ai des tonnes d’aphtes dans la bouche donc je ne vais pas en manger beaucoup cette fois-ci.

Il fait si chaud aujourd’hui que la température est dure à supporter. Mon meilleure pote Aimé a trouvé la plus chouettes des solutions avec sa piscine improvisée. (photo à venir le jour où il y aura internet)

Je mets à sécher mes premières peaux d’avocat sur le toit avant de descendre aider à remplir le drain.

Récupération de peaux d'avocats ✔️ Lavage des peaux ✔️ Séchage des peaux ✔️ Teinture … À suivre. #africa #afrique #avocat #avocado #dyeing #teinture #workinprogress #process #travailencours

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En suivant les systèmes de low-tech, que vous pouvez consulter sur le site internet dédié aux low-tech, et les conseils d’un ingénieur textile local, nous remplissons le drain avec des couches successives de sable et de charbon. Puis nous le refermons avec des énormes dalles en béton. L’ouvrier qui nous aide pour les travaux travaille avec de simples tongs aux pieds alors que les dalles sont extrêmement lourdes. Comme il n’y a pas de machines pour les soulever, c’est à la force des bras avec des leviers improvisés et des tubes en plastiques récupérés pour faire rouler les dalles que nous fermons le drain.

Heureusement, on venait de fermer le drain cet après-midi! #drain #lowtech #eauxusées #traitement #teinture #dyeing #africa #burkina #afrique #fablab #premierprojetenplace #youplabouuuum #teintureplusécolo #innovationsociale #p3 #idea

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Deux enfants jouent à proximité et je commence à les prendre en photo. Je leur montre ensuite le fonctionnement de l’appareil avant de le laisser au plus grand pour qu’il fasse sa première photo.

En sentant la fraicheur du vent sur ma peau, je me dis que la pluie n’est pas loin. Elle ne tarde pas, en effet à s’écraser à grosses gouttes sur le sol sec et poussiéreux.
Je rentre en vitesse et j’oublie de récupérer mes peaux sur le toit… Tant pis, je les récupèrerai le lendemain.

La pluie et les éléments déchaînés. Ma rue, mon 6 mètres sont devenus un torrent. #çadéconnepas #pluie #burkina #rain #itsrainingmen #arrêtdelaproduction

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Avant de me coucher, j’envoie un petit message à Gabi pour la recette de l’encre pour la sérigraphie. Nous avons reçu la commande d’impressions textile passées à Martial et l’odeur est… terrible. Un mélange d’essence et de solvant. Peut-être est-il possible de trouver une alternative plus naturelle ?

 

 

Vendredi 19 mai :

Je pars dans le centre-ville avec Nazaire aujourd’hui afin de trouver les produits « chimiques » et naturels dont j’ai besoin pour la teinture. En chemin, nous croisons des chevaux sur la route. J’avais déjà vu des ânes mais les chevaux au milieu de la circulation, c’est plus impressionnant.

Grosse parenthèse pour bien tout comprendre :

Actuellement pour la teinture nous utilisons de la soude caustique (une base) et de l’hydrosulfite (un réducteur) pour permettre à la teinture d’imprégner et de fixer correctement à la fibre (très très grossièrement). Or ces deux produits sont extrêmement toxiques (pour les sols, l’eau, les hommes, les animaux…) et aucune protection n’est utilisée par les artisans teinturiers (ni gants, ni lunettes)…
En essayant de trouver des alternatives, je suis tombée sur la méthode de teinture à l’indigo à la cuve 123 au fructose de Michel Garcia.
Dans le centre, c’est aussi la teinture en cuve qui est majoritairement utilisée.

Qu’est-ce que la teinture à la cuve ? C’est le fait d’utiliser des colorants insolubles que l’on rend solubles grâce à des produits chimiques (des agents réducteurs). Ceux-ci permettent de retirer l’oxygène présente dans la cuve. Sous leur forme soluble, ils sont capables de teindre. Après la teinture il faut laisser la fibre teinte s’oxygéner et s’oxyder afin de régénérer la forme insoluble du colorant au sein de la fibre et ainsi teindre.On obtient ainsi des couleurs très solides appelées couleurs grand teint.
Pourquoi je vous parle de ça ? Tout simplement pour vous faire comprendre comment fonctionne la teinture et pour que vous puissiez suivre ma réflexion.

Pour que la teinture fonctionne il faut donc un pigment, une base (actuellement la soude caustique), un réducteur (actuellement l’hydrosulfite).
Or Michel utilise dans sa cuve de l’indigo, de la chaux éteinte (comme base) et du fructose (comme agent réducteur).
Je vais donc essayer de tester la teinture avec nos pigments habituels, de la chaux et du fructose. Affaire à suivre.

 

Fin de la grosse parenthèse.

 

C’est alors le début des galères. La chaux n’est absolument pas courante ici et n’a pas la même appellation. Personne ne comprend donc de quoi je veux parler. De plus, il n’y a pas de chaux éteinte ici. Seulement de la chaux vive qu’il faut éteindre soi-même, ce qui n’est pas forcément sans risque.
Pour le fructose, nous essayons d’aller dans les grandes alimentations pour blancs : Les Marina Markets. Ces enseignes sont tenues par les libanais et sont de vrais temples de la consommation européenne. Ici rien n’est local et tout est hors de prix. Mais le fructose demeure introuvable. Tant pis, il faudra le fabriquer avec de la mangue pourrie ou le remplacer par de la poudre de henné, un autre agent réducteur.

En rentrant, nous rencontrons le maçon qui est en train de finir la terrasse pour le drain, il sera bientôt en état d’utilisation.

Fermeture du drain et construction de la terrasse. #afrikatiss @designforpeace #drain #lowtech #afrique #africa #p3 #idea #traitementdeseauxusées

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Une grosse pluie nous oblige à tout couvrir avant de finir le travail. Les femmes doivent ranger en catastrophe les chaines des tissages qui sont tendues à travers la cour.

Les chaînes tendues à travers la cour. #tissage #afrikatiss #africa #afrique #burkina @designforpeace

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Les enfants courent dans tous les sens.
Je commence donc un atelier dessin et origami. J’en ai eu des supers beaux.

Dessins d'enfants.

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Après la pluie, le beau temps et la fraicheur, mais aussi un petit creux. Direction la réserve pour le meilleur repas : frites et brochettes.

 

Samedi 20 mai :

C’est samedi, jour de mariage de la fille de mon voisin l’Imam. Je vais donc donner un coup de main aux femmes dans la cour d’à côté pour préparer le repas. Bien sûr, ce n’est pas le travail des hommes, ils discutent donc entre eux et à distance. C’est la tradition.
Chez les musulmans, la cour est séparée en deux et la cour des femmes est derrière celle des hommes. Ils n’ont donc jamais à y aller.

Pour rigoler, Alima , la voisine, m’invite à touiller le riz dans une énorme marmite qui cuit sur le feu de bois, c’est hyper lourd, très chaud, et vraiment vraiment énorme. La casserole doit m’arriver aux hanches. Impossible pour moi d’avoir une quelconque utilité, mais tout le monde rigole beaucoup de ma non-force-surhumaine. Je touille ensuite le Babenda, les feuilles d’oseille qui cuisent avec beaucoup d’huile et de la pâte de riz. L’essai n’est pas concluant. On me place donc sur un poste plus simple (et à mon niveau) qui consiste à enlever les graines à l’intérieur des tomates et des concombres avec une vingtaines d’autres femmes. Armée de ma cuillère, je m’attèle à la tâche pendant presque deux heures. Les légumes sont lavés à la javel ce qui m’intrigue un peu. Les quantités sont faramineuses. Je demande alors combien il va y avoir d’invités : nouveau gloussement de rire général, d’abord par celles qui comprennent le français, très vite suivi par celles qui ne parlent que Mooré une fois traduction faite. Ici, on ne prépare pas pour un nombre donné mais selon les moyens. Quand il n’y a plus à manger, il n’y a plus à manger.

Je discute avec l’une des tantes de la mariée qui me parle de la deuxième femme de son mari, elle étant la première, et des difficultés de la vie ici. Nous continuons de papoter comme de vieilles amies en mangeant le riz au poisson frit puis le Babenda, avec les mains, dans le même plat avec d’autres femmes. Manger du riz avec les mains est toute une affaire, surtout quand il est bouillant, mais manger du Babenda (avec sa consistance semblable aux épinards à la crème) en est une autre. Ça coule, ça brûle, ça dégouline… Il faut se lécher toute la main. Étant la seule blanche de la cour, j’étais la vraie bête de foire, observée par toutes les femmes autour de moi. Je crois qu’elles ont bien rigolé de me voir autant galérer.

Nazaire revient dans l’après-midi avec un bébé chien. Bienvenue à Boule et à son petit bidon rond.

Boule. #puppy #chiot #chien #dog #baby #bébé #africa #afrique #burkina

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Dimanche 21 mai :

C’est le brunch du dimanche, bonjour.
Pâte à tartinée locale à l’arachide, croissants frits, confiture de mangue, yaourt, pain, mangue fraîche et jus de bissap.
Nous allons ensuite nous balader jusqu’au marché sous un soleil de plomb et revenons épuisées par la chaleur.
Je passe le reste de ma journée à écrire, à faire des recherches, à lire, à dessiner. Restons tranquille, c’est dimanche.

Vers dix-sept heure, Martial, le sérigraphe vient discuter avec moi des encres qu’il utilise, du monopole qu’il y a sur l’encre de sérigraphie.
De plus, il est impossible d’acheter des pigments solides dans le pays, juste des pigments liquides qui sèchent et qui ont du mal à se conserver. Il faut donc toujours racheter des pigments neufs pour ne pas avoir de variation de couleurs car le pigment devient de plus en plus concentré avec le temps et en s’évaporant.
Il est difficile de se procurer de nombreux produits ici, il faut donc être astucieux et débrouillard. J’ai donné la recette de l’encre de sérigraphie de Gabi à Martial et il va essayer de l’adapter aux pratiques et aux produits locaux.

Nous sortons ensuite dans un maquis (un bar du coin) nommé « le double-clic » pour voir le grand frère de Nazaire qui joue de la guitare. Je fais mes premiers pas de danse sur la piste, c‘est comique avec mon sens du rythme.

Le double-clic. #burkina #afrique #africa

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Deux heures après m’être endormie, j’entends Nazaire chercher le bébé chien de partout. Je me retourne et entends couiner dans ma chambre. Après un deuxième couinement, je me réveille et commence à chercher la petite boule de poils qui s’était réfugiée en boule entre mon matelas, le mur et la moustiquaire pour ne pas dormir seul dehors. Il est quand même allé dormir dehors dans son panier, pas de chien à l’intérieur de la maison.

 

A la semaine prochaine pour de nouvelles aventures.

 

Sinon, je poste des mini trucs sur mon instagram perso si vous voulez voyager dans votre fil d’actualité : @jaillouu

Audrey.

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