Burkina-semaine-1

Mission au Burkina Faso : La quatrième et la cinquième semaine.

11 juin 2017

Le temps passe vite sous le soleil. Voici la suite de mes aventures. En plus, trop classe, je vais perdre ma semaine de retard!
Si vous voulez en savoir plus sur l’association avec laquelle je suis partie, c’est par ici : Afrika Tiss.


La quatrième semaine :

Je vais commencer à rentrer dans des phases plus actives de recherches avec plus d’expérimentations. Cette semaine a été relativement tranquille pour moi car je suis passée du stade recherches à celui de tests. C’est une transition qui n’est jamais facile pour moi car je veux être sûre d’avoir effectué les bonnes préparations avant de vraiment me lancer.

Comme je travaille autour de la teinture, j’utilise certains produits chimiques et même en faible quantité, je ne peux pas me permettre de faire les choses à la légère. Heureusement, mon bac S me sert et mes anciennes connaissances en chimie, en relations d’oxydo-réduction, acido-basique et de chimie textile refont surface. J’ai aussi pris le temps de contacter plusieurs personnes afin de ne pas réaliser une réaction non désirée (et de faire sauter le centre textile).

 

Lundi 22 mai :

Je vais chez ma voisine pour chercher les peaux d’avocat qu’elle garde pour moi. Cette femme fait des sandwichs à l’avocat tous les jours dans le quartier et elle a plein de déchets : les peaux, que je récupère.
Chaque soir, désormais, j’irai récupérer les peaux. Parfois, la pluie m’en empêchera. Le problème c’est que si les peaux restent plus de deux jours dans le seau en plastique, elles commencent à se composter et des petits vers blancs font leur apparition.
Je dois ensuite laver les peaux pour les débarrasser du reste d’avocat et de la terre qui colle aux peaux. Je mets ensuite ma récolte à sécher sur le toit de la maison.
Le soir, en guise de grignotage, je déguste mes premières chips d’alloco, l’autre nom de la banane plantin.
Avant de me coucher, je mets les premières peaux à tremper.

Étape 2 : Trempage et mesures! Bientôt une première teinture à l'avocat!! #avocado #avocat #teinture #dyeing

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 

Mardi 23 mai :

Quand on fait des mises au point couleur pour la teinture, on a toujours besoin d’échantillons. C’est donc mon travail de la matinée, je coupe de nombreux échantillons dans le tissage à la main.
Puis je fais cuire mes peaux d’avocat et je filtre la décoction après la cuisson. J’obtiens un joli jus rose.

On filtre la teinture à l'avocat! #textile #experimentations #dye #dyeing #teinture #color #avocado @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Jus rose de peaux d'avocats. #Natural #dye #dyeing #teinture #color #avocat #avocado #africa #afrique #afrikatiss #burkina @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je profite des temps de cuisson pour nouer de nouvelles écharpes. Elles seront teintes le soir, vers 17h, quand le soleil est moins haut dans le ciel et la chaleur plus supportable.

Quand je fais l'apprentie teinturière ! #dyeing #dye #africa #afrikatiss #afrique #burkina @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Shibori kaki. #scarf #textile #shibori #kaki #green #écharpe #faitmain #craft #artisanat #afrique #africa #afrikatiss #burkina #color #dye #dyeing #teinture @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Chiot et Shibori #afrikatiss #africa #afrique #burkina #shibori #chiot #puppy #textile

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 

Mercredi 24 mai :

Mon premier jus d’avocat est prêt et je commence à avoir les premiers résultats. Malheureusement, je les trouve trop clairs, le jus n’est pas assez concentré. Je vais essayer de les laisser tremper plus longtemps.

Premiers essais de teinture à l'avocat. #teinture #dyeing #dye #test #experimentations #avocat #avocado #natural #textile #design #afrikatiss @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je réalise donc un deuxième jus dans la foulée, plus concentré.

Le soir, nous repartons sur des mises au point couleur mais nous rencontrons un nouveau problème, la précision des mesures. Il faut savoir que les pigments utilisés pour teindre sont extrêmement puissant et qu’on a besoin d’en mettre très très peu pour avoir une jolie couleur. Le problème, c’est que notre balance ne pèse qu’au gramme… Impossible de réaliser certaines couleurs sans utilisé des litres d’eau. Bonjour le gaspillage.

Nous décidons de trouver une alternative avant de trouver une balance de précision. Comme il est impossible de trouver ce genre de matériel dans le coin, nous allons attendre qu’elle arrive de France (merci merci Nathalie). Dans l’immédiat, il nous fallait un système pour peser, nous utilisons donc d’anciens emballages de médicaments.

Dosage. Quand tes emballages trouvent une seconde vie. #teinture #dye #dyeing #pills

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 

 

Jeudi 25 mai :

Je fais ma teinture à l’avocat et de nouvelles mises au point couleur.

Suite du carnet. :) #échantillons #textile #africa #afrique #afrikatiss #color #teinture #teinturenaturelle #avocat #avocado #dyeing #dye

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Teinture avocat 2 – plus concentrée

 

Vendredi 26 mai :

Je décide de tester une nouvelle teinture végétale : aux feuilles de manguier. Je commence par faire une cueillette devant les artisanes amusées par mon petit manège. La teinture donne un beige jaune, pas très puissant non plus…

Feuille de manguier. #dye #dyeing #afrique #africa #afrikatiss #manguier #color #teinture #textile #naturelle #natural @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je passe donc mon après-midi à réfléchir à un nouveau test qui me permettrait de rendre les couleurs plus intenses.

Une amie m’avait envoyé son petit carnet de recherche en teinture végétale et il y avait les recettes de plusieurs types de mordançages. Je décide dons de les tester et de les réaliser.
Je commence donc par rassembler les produits dont j’ai besoin. La suite lundi prochain.

 

Samedi 27 mai :

Journée marché pour ce samedi. Direction le Nomade pour commencer, un restaurant d’expatriés franco-marocain. Une quarantaine d’exposants s’entassent dans la cour du bar, majoritairement à l’ombre heureusement. La chaleur est au rendez-vous.
Comme dans tous les lieux pour les expatriés, les prix sont très élevés : 1000 CFA la mini part de pizza, 1000 CFA le petit verre de jus, 5000 CFA l’assiette de couscous (alors que je mange une super assiette de frites et 5 brochettes pour 1000 CFA derrière chez moi)…
L’ambiance est étrange… Les conseils commerciaux de la gérante aux exposants assez limite : « le blanc aime qu’on lui sourie, montrez les dents, paraissez sympathiques », « Ayez-la tchatche, le blanc aime aider des causes comme les vôtres », « Soyez dynamiques, vous êtes trop mous ».
Je discute un peu avec mes voisins de stand, des Touaregs qui viennent du Niger tout en contemplant leurs sublimes bijoux en argent. Les bijoux Touaregs sont toujours magnifiques. Je repartirai d’ailleurs avec ma première paire de boucles d’oreilles (prix de voisinage) !
Il y a beaucoup de jolies choses, je suis déçue de ne pas avoir pris plus d’argent sur moi, mais ce n’est que partie remise. On croise souvent les mêmes exposants sur ces types de marchés.
Je récupère aussi des fanes de carottes chez des voisines qui vendent des légumes bio. Une prochaine teinture se prépare…

Après un petit jus de mangue frais à 18h passées, nous devons aller sur un autre marché avec ma collègue Véro. Direction le festival consom’acteurs pour la soirée coton. Au programme de la soirée, la diffusion de deux documentaires :  et The Cotton Connection.

Les deux documentaires sont très intéressants et montrent différentes facettes de la culture du coton. Le premier est plus orienté autour de l’utilisation des pesticides et de leurs ravages sur l’environnement et la santé des agriculteurs. Le second parle principalement de l’utilisation du coton BT de Mosanto et des conséquences de son utilisation au Burkina Faso. J’avais eu l’occasion de discuter un peu plus amplement de ce deuxième documentaire car j’ai eu la chance de rencontrer l’une des réalisateurs autour d’un jus de mangue à l’ATB (Bisous Mien).

Voici sa bande annonce :

J’ai trouvé les images sublimes, encore bravo pour ce beau travail.

 

Dimanche 28 mai :

Rien de spécial ce dimanche, j’ai passé mon après-midi à écrire mon journal de bord au propre.

Quelques photos de la vie ici :

Les deux petits stands, c'est ceux où je commande mes frites. Le mur au fond à gauche c'est celui de ma cour.

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je vais acheter mon eau dans la petite boutique Nescafé. Et mon pain le matin! #burkina #africa #afrique

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 

Restaurant de quartier #africa #afrique #afrikatiss #burkina #onthestreet

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 


La cinquième semaine :

Lundi 29 mai :

Je continue à me renseigner sur les mordançages, je finis ma teinture à la feuille de manguier (j’ai laissé tremper dans la décoction pendant 3 jours). Je décide ensuite de réaliser des tests de décoloration au soleil pour vérifier la solidité de la teinture. Je pose donc des petits caches sur une partie de l’échantillon avant de l’exposer au soleil une vingtaine d’heures.

Je réalise ensuite mes mordançages pour mes teintures naturelles que je nomme désormais teinture « compost ». C’est comme si je repartais un cran en arrière mais c’est pour le bien de l’expérience. Je commence donc par réaliser les solutions universelles de mordançage en concentration 100%.

Préparation de mordançage. Les tests peuvent commencer. #mordançage #teinture #dye #dyeing #burkina #africa #afrique

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

J’utilise le sulfate d’alumine, le sulfate de fer avec du vinaigre blanc. Selon les indications du carnet, le mélange devrait être translucide… Chez moi, ça précipite, ça fait des dégagements gazeux… Hmmm, heureusement que je fais les choses en extérieur et avec précaution, on verra bien ce que ça va donner.

L’après-midi, je dois aller retirer des sous, il ne me reste presque plus rien en poche… Je vais dans une première banque mais le distributeur est en réparation, comme à chaque fois que je passe ici. Je décide donc d’aller dans la banque d’en face mais le distributeur n’a plus de sous… Tant pis, je repasserai demain ou après-demain, il me reste encore 2000 CFA (3 euros pour vivre, je suis large).

La chaleur est insupportable, aux alentours de 43 degrés aujourd’hui. Pour couronner le tout, nous avons le droit à une charmante coupure d’électricité. Le bonheur.

 

Mardi 30 mai :

Je continue me recherches autour des procédés de teinture que j’utilise pour essayer de simplifier au maximum la teinture « compost ». Je commence aussi la découpe de mes échantillons pour les tests. Je découpe du textile mais aussi du fil de coton filé main et du fil de coton filsah (le fil de coton filé industriellement qu’on trouve ici). Ça ne parait pas grand-chose, mais c’est long.

Préparation des échantillons. #teinture #échantillons #samples #filémain #coton #Cotton #africa #afrique #burkina

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je réalise aussi ma première bobine :

Première bobine. #bobine #africa #afrique #afrikatiss #burkina @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

 

Mercredi 31 mai :

Je croise mes voisines aujourd’hui et nous discutons de la religion ensemble, comment il est possible de ne pas croire, qu’est-ce qu’il y a après la mort… Nous parlons aussi du Carême musulman, le ramadan qui a commencé depuis le samedi précédent.

Avec la température, ce n’est vraiment pas simple de jeûner et surtout de ne pas boire. Tout le monde est un peu mou et le pays tourne au ralenti…

Le ramadan pose aussi des « problématiques » auxquelles nous n’avions pas pensé. Le centre devait commencer une nouvelle formation couture mais le formateur ne peut pas rester avec seulement des femmes pendant le ramadan, il ne peut donc pas assurer la formation. Nous allons devoir faire appel à quelqu’un d’autre.

Les commerçants de vendent plus les mêmes choses qu’avant, ne sont plus à la même place, ne viennent plus vendre… Désespoir de ne plus trouver d’avocats juste derrière chez moi, ça commence aussi à être la fin e la saison je crois.

Je dîne le soir à l’ATB avec Sofie, je goûte pour la première fois les brochettes de soja (avec un plat de frites pour changer) et je caresse des bébés chats. La race locale est très différente de la race française, les chats sont tout petits, tout secs avec de très grandes oreilles. Oui, je suis gaga des chats.

 

Jeudi 1er :

Je noue de nouveaux shiboris aujourd’hui pour fare des essais avec la teinture végétale, affaire à suivre.

Nouer de nouveaux shibori. #shibori #textile #teinture #dye #dyeing #africa #afrique #afrikatiss #burkina @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Je commence aussi le mordançage de mes premiers échantillons à froid. Je voulais le faire à chaud aussi mais je n’ai pas de casserole adaptée pour le moment. Juste une casserole en alu, c’est ce qu’on trouve le plus facilement ici mais j’ai peur qu’elle réagisse chimiquement avec mes mordants.

Nous verrons bien ce que ça donne.

 

Vendredi 2 juin :

Ce matin, réveil un peu plus tôt pour profiter de la « fraicheur » du matin et réaliser de la teinture. L’objectif, développer une nouvelle gamme colorée pour la future collection de l’association. Nous travaillons à la chaine jusqu’à 14h sans pause et arrivons à produire une vingtaine de nouvelles couleurs avec Nazaire. Les couleurs que nous avons le plus de mal à réalisées sont les couleurs beiges. Elles sont plus difficiles à identifier à l’œil, demandent de grosses dilutions et un mélange de nombreux pigments.

Pour midi, nous mangeons des brochettes de viande de soja, une chose très étonnante. Les brochettes ont vraiment le goût et la texture de la viande alors que c’est du simple soja. Nous accompagnons ça de riz et de boulettes vertes à la feuille de haricots dont je ne me rappelle plus du nom. Ces boulettes sont assez grosses, environ la paume d’une main et très sèches. Il faut les découper en petits bouts avant de les arroser généreusement d’huile de palme (la seule que l’on trouve ici) avant de les manger.

L’après-midi, c’est teinture naturelle. Nous teignons avec le Ngalama (le bouleau local), les graines de tomates, le Monom et l’acacia Nélotica. Nous mordançons ensuite au sufate de fer et au sulfate d’alumine. Le changement de couleur est magique.

Teinture à la graine de tomates. #dye #dyeing #natural #tomates #tomatoes #teinture #teinturenaturelle #color #textile #africa #afrique #afrikatiss @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Le jus de graines de tomates. #teinture #naturelle #textile #afrikatiss #dye #dyeing #natural #color #orange

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Dans le bain de Monom. #natural #dyeing #dye #africa #afrique #afrikatiss #teinture #naturelle #textile @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

Teinture naturelles. De gauche à droite : l'acacia Nélotica, le Monom et les graines de tomates. Couleur obtenue après mordançage à la sulfate d'alumine. #natural #dye #dyeing #teinture #teinturenaturelle #naturelle #écolo #color #afrique #africa #afrikatiss @designforpeace

A post shared by Jaillou (@jaillouu) on

A 15h, de nombreuses personnes arrivent au cntre pour la cérémonie de remise des diplômes de formation sur les grands métiers à tisser. Nous buvons des tonnes de jus de gingembre, de bissap et de Zoomkoom (au petit mil). Il y a aussi de gros plats de riz à partager. Toutes les femmes portent le même polo et l’ambiance est festive ! Les femmes dansent et chantent.

Je rejoins les filles du quartier pour causer. Nous discutons des différences entre les pays, des études, de la vie ici et en France, de nos cheveux…
Les fillettes sont captivées par les miens et ne cessent de les toucher. Je permets à l’une d’entre elle de me coiffer, elle n’y arrive finalement pas parce que mes cheveux sont trop lisses. C’est finalement Oumou qui me coiffe. Je me retrouve avec une superbe tresse, merci !

 

Week-end :

Ce week-end est plutôt calme pour moi, je continue les shibori, je lis, je douche le chiot, je fais ma lessive, de la teinture naturelle, je travaille un peu, je remets des peaux à tremper.

A la semaine prochaine !

 

Sinon, je poste des mini trucs sur mon instagram perso si vous voulez voyager dans votre fil d’actualité : @jaillouu

Audrey.

Catégories
Sorties & Expo
Étiquettes