Mission au Burkina Faso : La première semaine.

12 mai 2017

Coucou les chatons,
Depuis une grosse semaine, j’ai été délocalisée au Burkina Faso. J’ai pensé que mes aventures pouvaient vous intéresser, du coup, je me suis dit que j’allais un peu raconter ma vie par ici à la manière d’un blog « carnet de bord ».

Mais, pour commencer, vous devez vous demander comment je suis arrivée aussi loin de chez moi et pourquoi.
Déjà pourquoi ? Tout d’abord parce que je suis en mission d’innovation sociale ici et que je travaille pour un centre textile.

Mon objectif pour cette mission ? Arriver à développer de nouveaux procédés de teintures qui soient moins nocifs pour la population et plus respectueux de l’environnement. #classe
L’objectif des premières semaines est de me familiariser avec le pays, car tout est vraiment éloigné de notre référentiel d’européen. Il faut donc que je m’adapte progressivement.

Je vous laisse découvrir ma vie au jour le jour et la liste des éléments qui m’ont étonnée durant la première semaine.
Maintenant tout commence à me sembler plus « normal ».

 

A très vite, <3

 

 

Samedi 29 avril :

Aujourd’hui, c’est un peu l’aventure, c’est le grand départ. Décollage imminent de l’aéroport de Lyon, escale à Paris puis c’est parti, je m’envole pour Ouagadougou au Burkina Faso.

Il fait un peu frisquet dans l’avion, je suis bien contente d’avoir ma veste polaire.

Puis c’est l’atterrissage, et le débarquement en terre inconnue. Dès le passage de la porte de l’avion je sens la chaleur et le vent brulant sur mon visage. Il est 20h et la température est supérieure à 38 degrés. Le temps d’aller de l’avion au bus, je suis déjà trempée. Il faut ensuite attendre dans la chaleur pour le passage du poste de police. Les 28 degrés de différence avec la France sont rudes.

On vient me chercher en Mercédès, je crois que c’est la première fois que je monte dans ce type de véhicule. Je le fais remarquer au chauffeur qui est très amusé par la situation.

Pour le premier repas local, nous mangeons des brochettes dans du pain, trop bon mais surtout bien pimenté, il va falloir que je m’habitue aux saveurs d’ici. Pendant notre repas, une énorme rafale nous surprend, provoque un tourbillon de poussière, fait s’envoler les chaises autour de nous. C’est le vent qui annonce la pluie. L’orage éclate, des énormes gouttes de pluie tombent du ciel. Les éléments ne rigolent pas ici.

 

Dimanche 30 avril :

Ce matin, nous allons au marché, je suis tout de suite impressionnée par les étals non réfrigérés, l’étroitesse du lieu, les mouches et la poussière. Les bouts de viande encore sanguinolents sont peu ragoutants mais on me rassure tout de suite, les bêtes ont été tuées le matin même. Je n’ai pas de photos pour le moment mais je vais vite y retourner. En rentrant, nous achetons le premier anneau de cacahuètes, c’est assez marrant comme goût et comme texture.

Nous cuisinons ensuite une salade oignon, tomates et avocats avec les légumes du marché et des œufs blancs. Les avocats ont un super goût de noisette, c’est tellement différent de l’avocat français.

Le soir, nous rejoignons Mérédyth, une américaine qui fabrique des sacs en sachets plastiques tissé. Sa marque : Paga Bags. Nous mangeons une pizza en parlant de possibles partenariats et je goûte à ma première bière locale : la Brakina.

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Ça, c’est ma cour.

 

Lundi 1er mai :

Je passe la matinée avec Nazaire pour aller acheter une puce pour mon téléphone local. Ça y est, je suis joignable ici. C’est le retour au téléphone brique. Je vais aussi changer un peu d’argent et acheter des pots pour mettre en place un composte. C’est la première fois que je monte sur une moto !! De toute façon, c’est le premier moyen de transport ici.

Je rencontre ensuite Diallo, le formateur de l’atelier couture qui commence le lendemain au centre. Je discute avec lui de l’organisation autour d’une bière sous une paillotte. Ici le format de la bouteille de bière est de 65cl.

Retour pour la soirée au centre, où je goûte pour la première fois l’attiéké, une sorte de semoule qui fait un peu penser au quinoa. On la mange avec les mains en faisant des boulettes. Ce n’est vraiment pas évident, je vais devoir m’entrainer. Pour accompagner, nous avons de beaux poissons braisés, trop bon.

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Bienvenue dans ma chambre.

 

Mardi 2 mai :

Ce matin, je déguste mes premiers croissants. Ici, ils sont un peu frits, c’est étonnant. Je bois aussi mon traditionnel jus de Bissap, à base de fleurs d’hibiscus. Je vais ensuite à la formation couture où j’aide les filles à installer l’atelier. Une fois les machines prêtent à l’emploi, la formation peut commencer.

Diallo le formateur explique le patronage, l’enfilage des machines…

Le soir, je mange ma première noix de coco.

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Oui, je porte des pantalons fluides et colorés. Et alors?

 

Mercredi 3 mai :

Aujourd’hui, je suis un peu malade, mon corps essaie de s’adapter. Je vais à la formation couture toute la journée et je rentre tout de suite après pour faire une grosse sieste.

Dans mon ventre, c’est les montagnes russes.

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La formation couture.

Jeudi 4 mai :

Je passe ma journée aujourd’hui (je suis moins malade, heureusement) avec Meredyth l’américaine que j’ai rencontré le deuxième soir. Elle commence sa journée par venir visiter le centre Textile et l’atelier de couture. Elle dénote vraiment dans le paysage et elle est le parfait stéréotype de l’américaine. Nous rentrons ensuite à son hôtel pour manger de l’attiéké et boire un jus de gingembre. C’est vraiment fort, j’ai un peu souffert pour pouvoir le finir.

Je rencontre aussi les représentants du projets P3 qui nous accompagnent dans les ateliers de découpe des sacs plastiques qui servent à la conception des sacs de Meredyth. Les sacs plastiques qu’ils utilisent et qu’ils recyclent pour leurs projets sont de moins en moins solides car ils sont oxodégradables : ils se transforment en poussière de plastique, très mauvaise pour l’environnement. Ensemble et avec les femmes, nous essayons donc de comprendre comment identifier ce type de sac plastique.

Je rencontre ensuite le sérigraphe et le couturier de Meredyth. Celui-ci travaille dans la zone des non-lotis, la proche banlieue sans eau et sans électricité.

 

 

Vendredi 5 mai :

Retour à la formation couture pour la matinée, on commence à se rendre compte de la différence de niveau entre les filles. Je passe l’après-midi tranquille à regarder ce qu’il faut que je rende pour mes rapports et à définir les objectifs de ma mission. Le soir, nous allons manger des frites à la réserve, le terrain vague derrière chez moi, qui n’est pas éclairé. Ici les hommes rencontrent leur deuxième voire leur troisième bureau : leurs première ou deuxième maitresses. Les frites sont vraiment excellentes et accompagnées de brochettes. Je ne me demande plus d’où vient la viande, sinon, je pense que je ne pourrais plus en manger. Nous mettons en place mon programme pour les prochains mois avec mes tuteurs.

 

Samedi 6 mai :

Je commence ma journée par un petit tour de la ville en compagnie de Nazaire, nous passons à l’ATB (atelier du théâtre Burkinabé, un lieu culturel ici) pour visite les marché bio-éco-local et acheter du fromage, un régal.

Nous allons ensuite rendre visite à Ousman, le couturier du centre avant d’aller faire un tour chez Martial, le sérigraphe. Je discute Arduino avec Martial, sérigraphie sur soie, pigments naturels… Puis nous allons chez Désiré, ingénieur textile Burkinabé formé à Lyon qui vend les couleur Africolor que nous utilisons actuellement.
Nous rentrons au centre pour le déjeuner et nous mangeons typiquement africain (feuilles, légumineuses et boulette de pois chiches). Nous rejoignons ensuite Mien, une Belge à l’ATB pour boire du jus de mangue et parler de son documentaire sur la culture du coton : « The cotton connection ». Le jus de mangue est trop bon.

Nous rentrons ensuite faire une petite sieste avant de sortir avec Taxi Bernard au Sika Lounge pour retrouver Caroline, une amie de Mariette. Nous sommes dans un quartier d’expatrié, tout est très cher ici par rapport à la vie locale (mais pas par rapport à la France). Ce soir, c’est burger frites (le nouveau truc des resto hypes du coin) et jus d’ananas.

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L’ATB, où je suis allée boire un jus de mangue.

 

Dimanche 7 mai :

Après une bonne grasse matinée, je rencontre Elise, Française installée au Burkina Faso depuis 2015 et Anthropologue. Elle travaille au village artisanal avec le HCR et à Design for Peace.
Salade de tomates et d’avocat à midi, c’est tellement bon.

L’après-midi, nous réfléchissons pour faire une mise au point couleur pour une collaboration avec une marque française. Je découvre la teinture artisanale ici : Feu de bois, grandes cuves, bassines pour l’eau… Nous travaillons d’après un Pantone et plusieurs expérimentations. Ce n’est pas facile de travailler avec certaines couleurs et sans balance. Nous finissons la journée par un apéro au centre avec des amis de Mariette.

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Quand on fait de la teinture 🙂


 

Les surprises de mes premières semaines (en vrac) :

 

  • La fourrure étrange à l’avant des voitures, un vrai phénomène de mode ici.
  • La vie au jour le jour. Pour le matin, on achète juste le bon nombre de sticks de Nespresso et la bonne dose de sucre. On est payé à la journée aussi.
  • La façon de toujours tout réparer. Par exemple on va recoller le pneu de sa moto au lieu de le changer
  • Les échafaudages impressionnants de bric et de broc
  • Les différences entre les quartiers d’expatriés et les quartiers populaires
  • Le non port du casque et de la ceinture de sécurité, je passe encore mon temps à la chercher
  • Le nombre de motos, impressionnant
  • Le nombre de variété de mangues, j’en ai déjà goûté 6 variétés différentes
  • L’impossibilité de conserver des aliments, il fait beaucoup trop chaud, même le frigo est en galère
  • La viande au marché, sur les étals en bois, à la chaleur, avec les mouches autour. Mais pas de panique, elle est fraiche et tuée du matin.
  • Le marché, tout étriqué, je dois me baisser pour passer sous les bâches. Rien à voir avec nos marchés français, j’essayerai de faire des photos aussi.
  • La pauvreté qu’on ressent de façon étrange et qu’on ne perçoit pas de la même façon qu’en France.
  • Le Mooré, c’est le dialecte local. Tout le monde ne parle pas le Français, mais on arrive à communiquer.
  • Ma position de blanche, les enfants qui me courent après en criant Nassara (femme blanche en Mooré) et qui me demandent des cadeaux, l’impression à certains moments d’être un billet sur pattes.
  • La place de la femme et la domination de l’homme.
  • La polygamie très courante. La première femme peut même choisir la seconde femme de son mari.
  • La jeunesse des femmes qui ont des enfants.
  • Le goût de l’eau en bouteille un peu sucrée (et de celle du robinet carrément chlorée).
  • La Brakina et la Castel, les bières locales.
  • Les frites à l’huile de palme, un régal pour les papilles, mais moins cool pour la planète.
  • Bandit le chien qui vient squatter que quand je n’arrive pas à finir mon assiette. C’est le chien du centre.
  • Le troupeau de moutons du voisin. Ils sont tous complètement étranges avec des super longues oreilles, des poils lisses, une taille de veau, j’essayerais de les prendre en photo
  • Pouvoir tout acheter, tout faire, de partout, tout le temps. Tout est immédiat mais pas du tout sur les mêmes aspects qu’en France.
  • Le soudeur qui commence le boulot que si on attend à côté. Un GROS classique ici.
  • Le non stress.
  • Le retard constant, au moins 15 minutes, mais parfois une heure.
  • L’ampérage, les circuits électriques, ça fait peur même pour une novice en électricité comme moi.
  • Difficile d’avoir la qualité du premier coup dans les productions, le burkinabé préfère refaire plusieurs fois le travail (ou espérer que la non-qualité passe).
  • Le sachet d’eau, de l’eau en sachet. Non conseillée pour les européens qui viennent de débarquer : la tourista guette !
  • Les déchets sur le sol, il y en a partout.
  • Les 6 mètres et le goudron. Le goudron c’est les rues goudronnées, juste les grands axes, sinon, le reste c’est de la terre battue. Les 6 mètres définissent l’écart entre un pâté de maison. On dit souvent, « prenez le deuxième 6 mètre à gauche. »
  • Le goût du pain et des viennoiseries. Frit.
  • Le ménage du matin. Tout le monde jette tout par terre mais tout le matin, c’est ménage de fond en comble.
  • Le piment qui est fooooort.
  • L’autonomie des enfants, ils marchent dès 8 mois ici, et font complètement leur vie.
  • Les mères qui donnent le sein dans la rue, de partout. Free boobs.
  • La force des éléments, le vent, la pluie, rien ne rigole ici.
  • La pluie qui tombe à flot.
  • La tornade de sable qui annonce l’orage.
  • La chaleur du vent.
  • Le goût des fruits, de ceux qu’on cueille murs le matin même.
  • La démarche des lézards, semblable à celle des bulldogs.
  • Les lunettes qui se teintent au soleil. LA grosse innovation du moment.
  • Ouaga de nuit n’a rien à voir avec une ville française : pas d’étage, peu de lumières.
  • Le prix des choses, le coût de la vie est très bas ici.
  • La cohabitation des religions. Les musulmans et les catholiques cohabitent et font leurs fêtes religieuses ensemble.
  • Mon ventilateur d’ordinateur qui se branche sur le port USB, une vraie bonne invention.
  • Les nombreuses coupures d’électricité, c’est courant ici.
  • La bouteille de bière de 65cl.
  • Les feux de bois partout, le porc braisé qui cuit sur ce même feu au coin de la rue.
  • Les produits à l’épicerie, tous inconnus pour moi.
  • Le miel récolté sans chaleur et son goût.
  • Le respect entre les gens.
  • Les dessous de verre qu’on pose non pas dessous mais sur son verre (pour le protéger des mouches). J’ai faire rire toute la tablée de Burkinabé en le mettant dessous.

 

J’ai des milliers de photos trop cools mais internet ne passe pas ici… Il faudra attendre mon retour.
Sinon, je poste des mini trucs sur mon instagram perso si vous voulez voyager dans votre fil d’actualité : @jaillouu

 

Audrey.

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