Lettre à Sherlock : critique de la saison 4 / Adeline Arénas

30 janvier 2017

Afin de changer des habituels récaps et critiques de la série Sherlock, l’auteur de cet article a décidé d’écrire directement une lettre à Sherlock Holmes. Autant s’adresser directement à l’intéressé. (Attention : très légers spoilers.)

 

Cher Sherlock,

 

Je t’écris cette lettre après notre troisième rendez-vous galant d’hier soir. Je ne sais pas quand nous nous reverrons. Après tout, nos soirées ne se sont pas si mal passées, à part la dernière. Je tiens cependant à ce que nous nous séparions en bons termes, alors je t’envoie cette missive pour clarifier les choses.

 

La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était en 2010 ou 2011. J’avais une vingtaine d’années, et ce sont mes parents qui nous ont présentés. Ils adoraient te regarder sur France 4. Et même si j’ai d’abord été taciturne – voire sceptique, je l’admets – pendant notre première rencontre, il ne m’a fallu que quelques minutes pour laisser mes a priori de côté et t’apprécier. Tu m’as beaucoup plu. Je crois raisonnable de dire qu’on s’est assez bien entendus, même si ça n’était pas l’amour fou. J’appréciais tes déductions, mais je regardais surtout ta série pour John Watson. J’ai toujours adoré son humanité, sa façon de te remettre à ta place et de te supporter. Les deux premières saisons étaient parfaites, je crois que tout le monde s’accorde à le dire. (Irene Adler me manque beaucoup – à toi aussi, non ? J’aurais aimé la voir pendant plus d’un épisode.)

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Les choses se sont gâtées pendant la saison 3. Tu as mis deux ans à revenir et, entre temps, nous avons tous les deux changé. J’avoue que j’attendais ton retour avec impatience, mais j’ai été déçue de constater que tu avais perdu tout ce qui faisait que tu étais… toi. Tu étais devenu très humain (trop, comme le dirait Nietzsche), presque normal, et je me suis demandé où étaient passés ta brillance et ton génie. Heureusement, Watson était toujours là pour sauver les meubles. (Sa femme ne m’a pas déplu, contrairement à certains, et j’ai été ravie de faire sa connaissance.) Je me demande si vous ne vous êtes pas ennuyés, parce qu’en fin de compte, vous n’avez mené qu’une seule véritable enquête sur trois épisodes. Celui qui a suivi, l’épisode spécial, n’a rien fait pour arranger les choses : il partait dans tous les sens, et j’ai eu la nette impression que tes parents de scénaristes étaient à court d’idées.

 

Je n’attendais donc pas spécialement une nouvelle rencontre. J’étais… je l’avoue, plutôt résignée à me contenter de deux excellentes premières saisons et à oublier la troisième. Mais une quatrième est arrivée. Avec tout le recul dont j’étais capable, j’ai donc accepté ton invitation pour un premier soir. Depuis la saison 3, il s’était écoulé plus de deux ans. Nous avions changé, encore une fois. Pour le meilleur, manifestement : tu étais redevenu toi-même, avec tout le charme des deux premières saisons. Avec un je ne sais quoi en plus qui m’a vraiment séduite. Nous nous sommes mis d’accord pour classer cet épisode comme le premier de trois rendez-vous galants. Tu m’as tout donné : l’émotion, l’action, l’aventure, l’intelligence. Je me suis rendue compte à quel point les héros avec du génie manquaient (vous êtes trop peu nombreux !) et j’ai été ravie de te retrouver. Pour la première fois, je ne regardais pas seulement la série pour Watson, mais pour toi.

 

C’étaient des retrouvailles réussies, et j’ai été la première à en être surprise. J’espérais donc que notre second rendez-vous allait être aussi fantastique que le premier. Le second soir, tu as décidé de te montrer encore plus surprenant. Ça partait mal, je retrouvais ce que je n’avais pas aimé dans l’épisode spécial. Mais ce fut bref. Tes parents de scénaristes avaient manifestement décidé de construire un épisode inventif, engagé et avec un plot twist digne des grands jours. Quand nous nous sommes quittés, Sherlock, ce second soir, j’ai été un moment incapable de dormir, tournant et retournant les événements dans ma tête. Après la déception de la saison 3 et de l’épisode spécial, je ne m’attendais pas à un retour aussi flamboyant. Il ne nous restait qu’un soir.

 

Un soir avant de nous quitter à nouveau. Je le savais, bien sûr – ça s’est toujours passé ainsi. Mais la séparation me semblait d’autant plus difficile que c’était la première année où j’ai été touchée par ton personnage. Cela dit, nous avions convenu dès la première soirée que notre relation serait de courte durée, et selon toute probabilité instable. Notre devoir, nous le savions, nous appellerait chacun ailleurs au terme de ces trois épisodes.

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Donc, le troisième. Attendu avec impatience et redouté. À juste titre, en définitive, car il a terminé cette dernière saison sur une déception. Les scénaristes t’ont emmené là où tu n’aurais jamais dû aller, Sherlock, et tu as à nouveau perdu ton essence, ou peu s’en faut. Je soupçonne tes parents écrivains d’avoir trop relu Arkham Asylum de Grant Morrison : ton aventure y ressemble tant ! Pendant ce troisième soir, j’ai été embarrassée plus d’une fois. J’aurais préféré ne jamais revoir Molly dans un contexte aussi gênant. Et les petites vidéos avec Moriarty étaient amplement suffisantes, non ? Il était inutile de le croiser plus longtemps. Le point positif de ce troisième soir, cependant, c’est que tu m’as offert une vraie fin. Pas de cliffhanger, pas de « Attends-moi encore, mais prépare-toi à patienter longtemps ». Non, c’était une vraie séparation en bonne et due forme. Je doute fort qu’il y ait de nouvelles saisons, et je n’en souhaite pas.

 

Restons-en là. J’aurais aimé que notre dernier rendez-vous soit à la hauteur des deux premiers, mais j’ai peut-être été trop exigeante. Je ne t’en veux pas, Sherlock. Après tout, nous avons vécu une relation intense pendant trois semaines – et je crois que j’en ai parlé au monde entier, l’amour ne pouvant être dissimulé. Peu importe que la conclusion ait été décevante, le reste était parfait.

 

Transmets toute mon amitié à John Watson, qui s’est surpassé pendant cette saison. J’aimerais beaucoup qu’on lui remette tous les prix qui lui sont dus, Bafta et Golden Globe compris.

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Je suis sûre que nous nous reverrons dans peu de temps, Sherlock. Mais la prochaine fois, nous serons les seuls à le savoir, et c’est moi qui déciderai du rendez-vous.

Adeline Arénas.

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