La Danseuse, un biopic au poil / Florian Bulou

5 novembre 2016

La Danseuse,  de Stephanie Di Gusto, avec Soko et Lily-Rose Depp, 2016

La danse contemporaine on n’y comprend pas toujours grand chose. Et parce qu’on ne connait pas forcément les raisons de tels mouvements savamment orchestrés mais troublants, Ta Chatte te propose La Danseuse de Stephanie Di Gusto, un biopic en toute modestie sans le misérabilisme à la française. Si toi aussi tu veux dire que Loïe Fuller
était une incroyable danseuse, bouleversant les frontières entre chorégraphe, metteur en scène et scénographe, on le conseille vivement. Parce que ce film ne parle pas seulement de la vie d’une avant-gardiste de la danse moderne, il montre aussi les revers du travail de la représentation théâtrale, ce qui représente déjà beaucoup d’heures sup’. Parce que la danse ce n’est pas seulement des gens qui bougent sur une musique psychédélique ou classique en se contraignant le corps à coups de spasmes. #vibrissesenfoliela_danseuse1-6fd55

Des spasmes il y en a.

Loïe Fuller – réincarnée en Soko – déambule comme un chat, ses bambous dans le prolongement de ses bras, essoufflée par une telle performance. Le film est une tentative d’épuisement ; celle de la danseuse évanouie après chaque représentation, celle du spectateur ne sachant pas pourquoi s’anéantir pour une danse, mais c’est un autre débat. La danseuse c’est le mouvement, avec Soko, la danseuse prend une toute autre dimension avec sa voix tremblotante, une voix qui nous contraint à l’écouter, un peu comme celle de feu Pascale Ogier (cf : Les Nuit de la Pleine Lune, Eric Rohmer, 1984) #nostalgie. Elle pleure très bien, elle sue à merveille, et mange des morceaux de glace comme personne. Bref on comprendra que c’est un très bon film, sans être parfaitement finalisé, quelque peu haché, mais Soko danse, Soca Dance (allez tant pis). Asthénie vers la perfection, elle ose tout quitte à se bruler les yeux aux projecteurs, à se casser le dos aux poids des tissus ou se torturer l’esprit par l’ambition d’une autre danseuse, Isadora Duncan, interprétée par Lily-Rose Depp avec tellement de transparence que finalement cela ne trouble rien du scénario.

gifchop_1397835265016_75_grande

Un scénario fidèle à la réalité avec l’arrivée notamment de François Damiens, aussi doué en belge pervers – qui lui colle à la peau – qu’en directeur de théâtre intransigeant. Alors oui le film ne transpire pas des véritables attirances sexuelles de Loïe Fuller, mais ce n’est pas le propos. Quand celui-ci serait centré sur l’homosexualité, on le targuerait de « encore ça » et quand il ne traite pas on l’assomme de son importance dans la vie de la danseuse. C’est par ailleurs faux, elle n’en a jamais fait un combat. Et considérer cela dans la norme c’est aussi le début de l’égalité. #chatteengagée

la-danseuse-soko-et-lily-rose-depp-nous-envoutent

Parce que La Danseuse nous montre des plans superbes de la danse Serpentine, bien que trop courts, il faut aller le voir. On comprend tout de ce qui semble être improvisé mais qui est un tout millimétré à la seconde.


 Florian Bulou.

Catégories
Sorties & Expo
Étiquettes