Etre heureux / Emilie Turc

14 décembre 2016

 

La sauce et le bacon sont-ils indispensables pour être heureux ?

Buffet à volonté, nous allons nous en mettre plein la panse. C’est sûr, il y en aura pour tout le monde. Nous sommes sur le point de dévorer et de nous empiffrer jusqu’à s’affaisser sur nos chaises et déboutonner nos jeans ainsi que nos ceintures à crans de plus en plus serrées.

Brouillés, au plat, pochés, à la coque ou bien en omelette, les œufs sont un délice. Les toasts parfaitement grillés et le fromage fondant à souhait. A ce moment précis, on est plein, on se sent complet.

Bien plus que rassasier notre estomac, ici on aime le goût et surtout le goût des bonnes choses. On apprécie la fraîcheur du produit, le caractère de son amertume aussi bien que la caresse de sa douceur et la conviction avec laquelle il effleure notre palet. On prend le temps de sentir le goût, de révéler tout son corps pour qu’enfin, nos papilles frémissantes à l’unisson, nous apprécions la chaleur d’une sauce gourmande. L’apogée approche lorsque nous ajoutons un bacon croustillant, vierge, sans fioriture. Voilà une sensation parfaite de douceur et de mordant.

Pourtant, malgré cet étalage ostentatoire de goût, nous y rajoutons de la sauce. Quel est alors le réel apport de la sauce ? L’ajoute-t-on pour sublimer le goût de ce que l’on a déjà ou bien est-ce pour le faire glisser plus facilement dans notre gosier ?

Pour le gras, c’est pareil, mais ça laisse des traces. Le bacon fondant et légèrement craquant à la fois se marie très bien avec toutes nos fantaisies culinaires. Son crépitement lorsqu’il cuit, sa patine brillante, son odeur enivrante qui nourrit l’âme avant même d’effleurer nos lèvres, tout est bon dans ce gueuleton.

Nous pourrions donc naïvement penser qu’une vie sans sauce pour relever le goût, ni bacon pour affoler nos sens serait veine, une véritable perte de temps. Alors que partir à leur recherche, leur courir après, pourrait nous obséder tandis que là, sous nos yeux ébahis, se tiennent les toasts, le fromage et les œufs encore fumants, mais plus pour longtemps.

Finalement, la table est vide, tout est maintenant englouti et prêt à être digéré. Même s’il n’y avait pas eu de sauce, ni de bacon, nous aurions été tous aussi complets, heureux. Jusqu’au prochain repas…

Emilie Turc.

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