LES RENCONTRES D’APRÈS MINUIT

SAMEDI / COUCHE-TOI MOINS CON

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 Après minuit, une partouze asexuée.

Les Rencontres d’après minuit, de Yann Gonzales, 2013

BANDE ANNONCE – clic clic –

On parle souvent de grands classiques à voir absolument, des chefs d’œuvres qui ont tout compris de notre monde, et que tout le monde a vu.

Alors on parlerait plus de films à revoir que de films à voir, des classiques fidèles à eux-mêmes : incontestablement bons. Toujours est-il que ces films, nous les connaissons dans la culture collective. Allons à la découverte de chefs d’œuvres contemporains desquels on est, à notre grand drame, (un peu) passé à côté. Serait-ce le cas du premier long métrage de Yann Gonzales sorti en 2013, nommé à Cannes la même année ; Les Rencontres d’après minuit ? #pasmalquandmême

Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Étalon et L’Adolescent. D’emblée le synopsis paraît violent, très intrusif, voire vulgaire, les cinq premières minutes aussi, dans la mesure où le verbe bander sonne au quatrième dialogue… Mais il n’y aura sûrement pas de sexe, simplement le désir ardent de certains, les faiblesses sentimentales de quelques uns et l’indifférence d’un unique autre. Habilement inclus dans l’environnement domestique du couple hôte, lui même très sixties contemporain, les textures et les couleurs se conjuguent à la bonne personne, les dialogues confrontent mots et gestes, sans parler de la mise en abîme des rêves et des souvenirs qui frôlent le génie… #chattelymphatique

C’est un manifeste poétique niant la réalité beaucoup trop tangible : la rencontre de deux entités que tout semble opposer, mais qui refusent de se complaire sous les préjugés vestimentaires ou physiques : « Faisons connaissance, l’élégance tu connais ? » tacle la domestique travestie, Nicolas Maury (assistant de Gabriel dans la série Dix pour Cent). Un point commun les unit, ils sont tous tristes, et cherchent un semblant de bonheur à travers des divertissements sexuels. « Toutes les familles heureuses se ressemblent. Mais les familles malheureuses le sont toutes à leur façon » introduit Léon Tolstoï dans Anna Karénine, parallélisme capillotracté ? Peut-être pas, tant l’écriture est envoûtante. Nous découvrons pas à pas, peu à peu, – peaux à peaux – quelles sont les blessures de chacun au détriment de la Chienne, qui préférerait commencer de suite. #pasvupaspris #frustration On ne jouit même plus de l’attente du sexe, car il n’y a plus d’attente sexuelle, on bascule dans l’unique volonté de faire connaissance. Mais Gonzales nous rappelle tout au long du film le sujet principal de cette rencontre par des flash-back toujours liés au sexe, mais sans vulgarité visuelle. Il le dit : « La crudité du verbe me parle davantage que celle de l’image, et ça laisse plus de place à l’imaginaire »  (interview accordé aux Cahiers du Cinéma en 2013). On rêve à ce moment de voir converser Gaspar Noé et Yann Gonzalez sur la représentation du sexe dans le cinéma, entre parlé et pratiqué.

L’histoire suit son court, à base de ‘‘baise’’, ‘‘pipe’’, ‘‘jouir’’ ‘‘foutre’’ et autres ‘‘enculer’’ ; tout passe. Ainsi, expression des sentiments, le juke-box sensoriel est l’objet transitionnel, un relai des émotions dans un mélange de décors superficiels et de fausses illusions. Cet outil définit avec la plus grande objectivité les atmosphères successives dans lesquelles vont être plongées les confidences, allant de la décomplexion à la morosité. Parce qu’il n’y a plus de tromperie émotionnelle, la musique est ancrée dans la scène. Sans être un ajout affectif postproduction, toutes les sonorités sont présentes face au spectateur libre d’interpréter les caprices instables des acteurs, eux qui ne se contrôlent même pas.

 Florian Bulou


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