Rencontre avec SLOGAN : « Nos textes sont un jeu de cadavre exquis » / Adeline Arénas

17 avril 2017

Le duet album est un concept bien à part, et il est toujours intéressant de voir paraître un nouveau spécimen du genre. Vous voyez le topo : une femme, un homme, des morceaux chantés à deux, parfois écrits à quatre mains… Dès lors, les comparaisons sont inévitables. Il y a deux écoles : soit vous êtes du côté Nancy Sinatra-Lee Hazlewood (ballades romantiques, violons, classe surannée), soit vous êtes du côté Gainsbourg-Bardot (beaucoup de parlé-chanté, un peu de provoc dans les paroles et des arrangements au poil). Et si, pour une fois, on n’essayait pas de référencer un nouveau duo et de le prendre pour ce qu’il est ?

Dans certains webzines, le duo lyonnais SLOGAN s’est ainsi vu rangé du côté Gainsbourg-Bardot de la Force. A part le parlé-chanté du monsieur et un brin de souffre dans les paroles, la comparaison s’arrête là. Elle n’a pas lieu d’être, et j’encourage donc les lecteurs de cet article à prendre ce groupe pour ce qu’il est : un nouvel exemple de duo pop, qui essaie de tracer son petit sillon musical et qui démarre plutôt bien, à en croire les premières retombées médias. Leur premier EP, La Beauté du Geste, sort ce mois-ci. Quatre titres assez inclassables, en fin de compte, mais qui vous feront danser à coup sûr – ou qui parviendront au moins à vous plonger dans une ambiance très particulière. Et puisque je ne me satisfais pas d’une simple écoute, je suis allée poser des questions directement aux membres de SLOGAN, Clémence et Nicolas, un jeudi midi, à la terrasse d’un bistrot.

Si la paire admet d’entrée apprécier Gainsbourg, elle cite aussi des duos dont on parle beaucoup moins : « Jacques Higelin et Brigitte Fontaine, Georges Moustaki et Barbara, Jacques Dutronc et Françoise Hardy… », énumère Clémence avec un sourire. Âgée de 24 ans, la jeune femme n’avait jamais écrit avant de faire partie de SLOGAN. Contrairement à son acolyte Nicolas, habitué à griffonner depuis toujours (soit 26 ans, en résumé) et à composer des textes de chansons pour ses autres projets musicaux, dont le groupe Culottes Courtes. Ce qui explique probablement la dynamique d’écriture qui s’est instaurée entre eux pour les textes de leur premier EP, tous écrits à quatre mains. « C’était comme un jeu de cadavre exquis, explique Nicolas. On peut faire des improvisations écrites ou orales, tout en étant dans la même pièce. Et Clémence se cherche encore beaucoup dans l’écriture. » « J’étais contente d’avoir Nicolas pour me pousser, confirme-t-elle. Notre façon d’écrire est assez épistolaire. On s’envoie une phrase, l’autre trouve la suite… » Mais avant les paroles, c’est la musique qui arrive toujours en premier. « Ça nous permet d’avoir déjà une structure sur laquelle poser les mots », explique Clémence. « Les morceaux comportent des sons numériques, mais on utilise de vrais instruments, poursuit Nicolas. Ensuite, on va vers quelque chose de plus épuré pendant le mixage. Par exemple, on a utilisé un piano avec du scotch sur les touches pour lui donner un son bizarre ! »

Un slogan pour la belle saison

D’ailleurs, en parlant d’écriture, il est temps d’évoquer des thèmes abordés par cet EP. D’amour et de luxure il est question, bien sûr, mais aussi de promenades urbaines, d’aventures légèrement sordides, d’apprentissages adolescents… et aussi de soleil et de mer. « Ça, c’est à cause de moi, sourit Clémence. L’eau est très présente dans les textes, j’avais tout le temps envie de parler d’eau et de piscines… » Ce qui rend les thèmes de cet EP parfaits pour le printemps et l’été. Est-ce que sa sortie de était calculée dans ce but ? Le duo hoche la tête.

La Beauté du Geste appartient à un genre d’electro-pop bien français. Les membres de SLOGAN, eux, préfèrent parler d’electro-ciné-club, et peut-être feront-ils des émules après avoir inventé le genre. Les cinéphiles trouveront effectivement des références à Rohmer et Carax disséminées parmi les quatre pistes qui leur sont proposées. Le résultat, c’est un EP assez dansant, malgré des paroles parfois sombres. Pourtant, il y a comme une distance et une ironie dans les textes. Comme si le groupe ne se prenait pas trop au sérieux et avait, avant tout, décidé de s’amuser. « Je ne sais pas si on peut parler de distance, mais c’est vrai que les chansons sont construites de façon narrative, comme des petites histoires », reconnaît Clémence. Ainsi, leurs textes parlent de « petits détails du quotidien », selon Nicolas, malgré les références et les histoires d’amour cinématographiques.

SLOGAN cultive quand même un certain penchant pour le second degré. Après tout, les premières vidéos qu’ils ont postées sur le web étaient deux reprises de chansons d’amour kitsch : Confidence pour confidence et J’ai encore rêvé d’elle. « On s’est dit qu’on voulait faire un truc pas mal avec un truc nul, rigole Nicolas. Confidence pour confidence est moins connue, ça choque peut-être moins. » Une question demeure : reprendront-ils ces titres en concert au milieu des titres originaux Emerveille et Conte d’été ? Réponse en septembre, où SLOGAN a déjà booké ses premiers lives lyonnais.

Vous pouvez écouter l’EP La Beauté du Geste sur Soundcloud : https://soundcloud.com/sloganlyon 

Adeline Arénas.

Catégories
Portraits
Étiquettes