Absurde mais éloquent : le test de Bechdel

17 avril 2017

Absurde mais éloquent ;

LE TEST DE BECHDEL

Ça y est, l’affiche est tombée, ils ont hachés Claudia Cardinale. Pour le 70e Festival de Cannes, l’actrice italienne s’est vue considérablement modifiée ; les hanches corrigées en taille de guêpe à la mode des corsets de notre tendre Renaissance, les cuisses limées au cas où elle serait un peu trop flageolante, sa silhouette dessinée et ses pointes de pieds galbés en sont devenue subulé. Et comme si son corps n’était pas assez naturellement sublime, changeons aussi le mouvement de ses cheveux, l’expression de son visage, et les traits de sa main, comme si de rien n’était, comme si le mouvement, l’apesanteur et les lois de la physique n’étaient pas assez bien pour le Festival de Cannes qu’on aime pourtant beaucoup. Vraiment, Monsieur Frémaux c’est une déception, c’est une frustration, moi qui vous estime tant, vous, président du Festival de Cannes auteur d’un livre éblouissant sur le festival Selection Officielle, Journal, relatant l’année précédant le Festival 2016, mine des dessous de l’organisation et bible ultra-sélective, ultra-personnelle, ultra-intelligente, ultra-tout. #vousdéconnez #quandmême

 

ClaudiaCardinal

C’est alors l’occasion de faire un petit tour du côté de la femme au cinéma, sa représentation, son rôle, son influence. Parlons cinéma, essayons de le regarder autrement, de voir le cinéma d’un autre œil qui peut-être quelque peu politisé admettons-le. Alors commençons par le test de Bechdel, qui tente de rendre compte du sexisme dans le film par l’absurde, l’absurde car la démonstration pour passer ce texte est tant radicale qu’elle en devient absurde, oui le mot est lâché, trois fois.

En 1985, l’auteure de la bande-dessinée Alison Bechdel dessine et écrit une scène dans son œuvre Dykes to watch out for dans laquelle deux amies envisagent d’aller au cinéma. L’une d’entre elle explique alors qu’elle ne se rend au cinéma que sous certaines conditions sinéquanone : le test est né. Du nom de Bechdel son auteur, il tente alors de déterminer par le type de présence féminine un certain taux de féminisme, par l’absence ou l’aspect restrictif de la femme au cinéma. Pour passer ce test et espérer ne pas être vu comme une réalisateur machiste et qui pose ses couilles sur la table, l’œuvre cinématographique doit répondre à trois critères : deux femmes identifiables par un prénom, qui parlent ensemble, dont le sujet est autre qu’un personnage masculin. Notés par une graduation de zéro à trois, trois étant un succès au test, l’idée est de rendre compte de manière pragmatique des représentations des femmes sur le grand écran pour commencer. Alors sans surprise, de The Revenant à Spotlight, des gros films américains, peu parviennent à franchir ne serait-ce que le premier cap. Et comme beaucoup de films sont passés en revue, épluchés, fixons-nous sur les français qui sont nombreux, subtilement émaciés. Une nouvelle amie de Ozon ou Yves-Saint Laurent de Jali Lespert ne passent pas le test mais on s’en doute un peu quand l’un ou l’autre cible leur vie sur un homme on imagine mal les femmes ne pas parler d’eux, mais c’est un autre sujet.

 

Kill Bill

Le site américain http://poly-graph.co/bechdel/ a mené une étude très précise sur les chiffres, réalisateur par réalisateur, producteur par producteur, scénariste par scénariste. On peut y voir les tendances de chacun de ces corps de métier, avec le nombre d’hommes et de femmes qui compose l’équipe. Puis sélectionner chaque critère pour voir à quel point il est délicat de trouver un agencement frôlant le carton plein. Explorant alors cet article on pourrait passer des heures à regarder les statistiques et résultats de ce test, parce que c’est un peu drôle, on est un peu curieux, et ça fait un peu plaisir quand un réalisateur.trice s’en sort plutôt bien mais n’en n’oublions pas que ce test reste tout à la fois arbitraire voire anecdotique. Une œuvre cinématographique aussi sublime soit-elle peut-être sexiste, ou machiste, au même titre que certains films ne passent pas le test mais demeure des films dans la norme féministe dirons-nous. #tartinedeconfituresurledosd’unchat

Puis si nous gambergeons un peu, à penser aux films qui ont considérablement bouleversé l’image de la femme au cinéma, ça ne match pas toujours avec ceux dit « misogyne ». Parce Kill Bill de Quentin Tarantino, ou Hunger Game de Gary Ross, nous montre effectivement des femmes engageantes avec un taux de testostérone hors norme, mais demeurent dans des rôles très masculins. Espérons alors que Miss Sloane de Jonh Madden, sortie dernièrement, dont le rôle principal est interprété par Jessica Chastain change les clichés et nous propose une femme de pouvoir, de contrôle, qui n’est pas obnubilé par les hommes, mais sans les stéréotypes ultra masculinisés.

N’est pas nécessaire d’être androgyne pour être crédible.

Florian Bulou.