La Chambre des Curiosités / Capucine Gréau

29 décembre 2015

Roule ma moule, c’est l’heure de la Bougresse.


  « LA CHAMBRE DES CURIOSITÉS »
 Preston et Child  700 pages format poche


Nous avons là un thriller d’une virtuosité inégalable. Rien que ça, oui. Alors certes, le thriller n’est pas au goût de chacun – plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui –, mais celui-ci est malgré tout particulièrement fort.

L’histoire commence à Manhattan, où des ossements sont découverts sur le site d’un chantier de démolition ; l’enquête est menée par l’inspecteur Pendergast (du FBI) et Nora Kelly (une archéologue). Ils vont rapidement démontrer qu’il s’agit des restes de 36 adolescents tués par un certain Dr Leng dans les années 1880. L’horreur pourrait s’arrêter là, mais voilà que patatra ! plusieurs meurtres ont lieu quelques jours après la macabre découverte, en utilisant le même mode opératoire que Leng (le même, exactement, en tous points).

Il est délicat d’en raconter davantage sans spoiler, mais « La chambre des curiosités » est un petit bijou car il mélange magnifiquement bien le thriller, le fantastique et l’historique, avec une écriture qui coule naturellement. Le lecteur se retrouve d’un coup d’un seul plongé dans la vie des années 1880, au beau milieu des cabinets de curiosités (pour info, il s’agissait à l’époque de lieux où étaient entreposées des trouvailles toutes plus incongrues les unes que les autres, et qui étaient exposées ; on pouvait y zieuter des oeuvres d’art, des antiquités, des animaux empaillés avec des anomalies génétiques – parfois même des humains –, des espèces rares,… Ces collections étaient assez morbides et mettaient en avant des choses que l’on ne pouvait pas voir dans son quotidien, qu’elles soient privées ou publiques).
Dans le même temps, la frontière avec le fantastique est extrêmement mince, et il flotte entre ces pages une aura mystique qui glisse constamment le doute dans l’esprit du lecteur. C’est ce qui fait d’ailleurs toute la virtuosité de ce bouquin : il fallait oser apporter une touche de surnaturel dans un thriller moderne, et le résultat est bougrement génial !

L’histoire est haletante, prenante et angoissante, avec des personnages foutrement bien construits, voire même attachants, dont la crédibilité n’est plus à prouver. L’agent Pendergast est un mystère à lui seul, et il porte brillamment l’ouvrage.
L’énorme plus de ce bouquin, c’est qu’il a été écrit par deux auteurs. Un livre pondu à deux cerveaux et quatre mains, en somme. C’est un élément qui peut sembler anodin, mais écrire une histoire à deux n’est pas une mince affaire, et ladite histoire peut parfois totalement partir en vrille et perdre le lecteur en court de route. Ici, pourtant, la trame est parfaitement gérée, donnant une vision à la fois holistique et complètement folle, pour le plus grand plaisir des lecteurs avides de détails croustillants et d’histoires saugrenues.

Certains diront que la fin n’a ni queue ni tête, que la chute est tout bonnement mauvaise du fait que peu d’éléments rationnels ont leur place dans ce roman. C’est pourtant là toute la magie de Preston et Child, qui savent brillamment donner vie à des situations loufoques et sordides, jusqu’à nous faire frissonner d’angoisse en nous disant « Et si c’était vrai ? ».


A vos bouquins, moussaillons !

 Preston et Child ont écrit un certain nombre de livres ensemble, dont plusieurs avec Pendergast. Y’a de quoi lire lors de vos soirées d’ennui. »

Capucine Gréau

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