« Dans la maison » de François Ozon / Florian Bulou

7 janvier 2017

L’anti huis-clos Dans la maison.

Dans la maison,  de François OZON, avec Frabice Luchini et Ernst Umhauer, 2012

C’est un peu un contre huis-clos, avec comme fil rouge la progression artistique du protagoniste : de la curiosité à la perversité, voire au sadisme pour finir par une pointe de violence. #filrouge

On suit son évolution littéraire mais pas que. On suit son intention d’aller dans la maison, sans toutefois y rester trop longtemps – en tout cas au vue du spectateur. L’écrivain tout comme le réalisateur ne nous dit pas tout, il fait un tri dans ce que le spectateur pourra voir, on nous le dit d’ailleurs « N’écris pas tout, fais confiance au lecteur, il complétera ». Ici c’est pareil, mais c’est un film de paradoxes. Et comme c’est un film qui suit un apprentissage, on ne suit pas toujours les leçons. Tout réside dans des faux semblants où l’on veut nous faire croire qu’il y a d’un coté l’élève avec une dimension subjective à sa narration et la part filmée qui serait plutôt un point de vue objectif. Alors « si tout ce que tu vois c’est de la laideur, très bien, mais transpose ».

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Dans la maison n’est pas tout a fait un film pragmatique comme on pourrait le penser aux premières minutes, chaque scène dans la maison à une distance critique avec le réel : réalisme, satire, caricature, parodie, stylisation. Là où on nous dit de ne faire confiance au spectateur, on raconte ce qui est filmé ; on parle d’un huis-clos sans pourtant être dedans. Les récits imbriqués. Entre les récits filmés et les récits parlés le réalisateur se joue de nous ; nous manipule avec ce qu’on pourrait qualifier d’épaisseur temporelle, et de distance satirique. Alors parfois on voit ce qui est décrit, mais on ne nous raconte seulement que ce que l’élève voit, ce qu’il comprend. Parfois aussi on voit ce qu’on nous donne à voir, mais on peut aussi ne pas voir ce qu’il voit. Et inversement. Les mots d’un autre influencent irrémédiablement notre pensée ; quel est le poids des mots par rapport aux images ? Peut-on parler de manipulation, audio-description ou interprétation ? #àtoidevoir

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Parce que Francois Ozon semble s’amuser à jouer avec les clichés, avec les choses que l’on connait, les choses auxquelles on s’attend. Comme le tout récent film de Emma Luchini Un début prometteur, on se prend au jeu de «que va-t-il se passer ?» parce que l’on s’attend exactement à ce que cette belge froide ne réapparaisse jamais avec l’argent, de la même manière à ce qu’on s’attende à une fin glorieuse dans le film de Ozon, alors que la dernière scène est une glorification de l’être pathétique à la Dostoiesvky – pas de panique je n’ai rien divulgâché (version francisée québécoise de spoiler). #langageàlamode

Enfin il y a l’art dans le film avec la galeriste. À y regarder de plus près, et suivant l’évolution des délires burlesques de cette galeriste, on commence gentiment avec les tableaux brûlés qui nous décrivent quelque chose qui disparaîtra bientôt, exact contraire du film qui immortalise les moindres scènes décrites par Claude Garcia. Puis viennent les ciels de l’artiste chinoise, stylisation d’un idéal. Le film est un cours en continue, d’une rare arrogance, de leçons en leçons. « L’art tout comme la littérature ne nous sert à rien» annonce la galeriste rigide Kristin Scott Thomas, « L’art nous éveille à la beauté des choses » la défend son mari et professeur Fabrice Luchini, un beau couple d’enseignants, le personnage de Luchini allant même jusqu’à critiquer des scènes pourtant filmées. Serait-ce une habile manière pour le réalisateur de se dédouaner de ces potentielles contradictions ?

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