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« Pour combattre la peur d’affronter son Destin, le meilleur personnage, c’est Peter Pan » / Adeline Arénas

20 octobre 2017

2017 est une année riche en sorties : films, musique, livres, j’ai l’impression qu’on tient un grand cru. Le genre d’année dont on se souviendra – en tout cas, dont je me souviendrai – comme étant foisonnante, où mon imagination en aura pris plein les yeux, les oreilles et le cerveau. Parmi les pépites sorties cette année, il y a le roman Moi, Peter Pan, écrit par Michael Roch et publié aux éditions Le Peuple de Mü. Nombreux sont les auteurs et les réalisateurs qui ont voulu se frotter au mythe créé par James Matthew Barrie. Mais Michael Roch réussit le pari, et cela tient en grande partie à  la forme et à l’écriture magique de ce petit ouvrage. Certains d’entre vous connaissent peut-être le jeune homme en tant que présentateur de la chaîne youtube La Brigade du Livre, qu’il a co-créée (et que je vous recommande chaleureusement). En plus de transmettre sa passion pour les littératures de l’imaginaire, Michael Roch est donc écrivain.

Moi, Peter Pan est un livre à  la première personne, qui se passe après les aventures que nous connaissons. Si James Matthew Barrie ne nous laissait jamais savoir ce que pensait son héros, Michael Roch entre directement dans la tête de Peter. Un Peter qui vit toujours au Pays Imaginaire, qui a toujours la charge des Enfants Perdus, qui bataille toujours contre des pirates… mais qui n’est plus un enfant et commence à  s’en rendre compte. Tout cela est dit subtilement, à  travers une série de dialogues de Peter avec Lili la Tigresse, Crochet, les enfants ou les êtres magiques qu’il croise. L’écriture de Michael Roch est poétique, raffinée et parfois outrageusement familière. Certaines expressions sont si jolies que le livre invite à  être parcouru à  nouveau, un jour. Etre dans la tête de Peter, c’est embrasser des sirènes pour respirer sous l’eau, courir entre les arbres du Pays Imaginaire, discuter avec un chef indien et revendiquer haut et fort sa liberté. Ce livre est un vrai coup de cœur pour moi, et j’ai tenu à en savoir plus. Michael Roch a donc gracieusement accepté de répondre par mail à mes quelques questions.

J’ai lu que l’idée de Moi, Peter Pan était née au cours d’un atelier d’écriture. Pourquoi avoir choisi le sujet de Peter Pan en particulier ?

Michael Roch : Le sujet s’est imposé à  moi. Dans cet atelier, il fallait qu’un personnage affronte une peur particulière. En personnifiant la peur d’affronter son Destin, le meilleur personnage pour la combattre, selon moi, était Peter Pan. L’éditeur en a voulu encore, il a été servi.

Tu as dit que tu avais été influencé aussi bien par les écrits de James Matthew Barrie que par le film Hook. Donc, « Bangarang » et le fait d’embrasser les sirènes pour ne pas se noyer, ce sont bien deux références directes au second ?

Oui, les batailles de gros-mots (Peter se déclare Comte des jeux de Gros-mots) aussi. Il y a aussi un peu de Loisel, notamment dans le Chapitre deux, où Peter mentionne l’existence d’autres Pans, et le Chapitre sur la mère de Peter. L’idée était de lier toutes les mythologies et de les faire résonner.

Un élément intéressant, c’est que le livre se focalise beaucoup plus sur Lili que Wendy – même si cette dernière est beaucoup évoquée. Pourquoi avoir choisi de mettre Lili en avant ?

Lili est en avant parce que Wendy est partie. Wendy n’est plus là et la grande aventure de Peter continue sans elle. Lili est le troisième personnage féminin d’envergure dans l’entourage de Peter (avec Clochette). Elle méritait d’être approfondie.
Je n’avais pas pour objectif de refaire l’histoire de Peter Pan. Je souhaitais lui donner un prolongement et laisser à César (qu’il soit Barrie, Spielberg ou Loisel) ce qui lui appartient.

Le roman montre un Peter qui a grandi (malgré lui) et qui est devenu… un jeune homme. Je me suis beaucoup demandé ce qui se passait après la dernière page : est-ce qu’il accepte cet état de fait (d’avoir changé), est-ce que le Pays Imaginaire va changer en conséquence, quel genre d’aventures Pan va vivre… Est-ce que tu pourrais nous en dire plus ?

Après la dernière page ? Ce qu’il s’y passe appartient à  chacun. C’est une page laissée blanche. C’est une nouvelle aventure. Et chacun l’imaginera à  sa manière. J’ai essayé de donner à  Peter assez d’universalité pour que chacun puisse s’identifier un peu. Ce qui résonne en Peter résonne en moi comme il peut résonner en d’autres, et je ne voudrais pas prendre le pas sur ce que ces autres ont pu en tirer.

Le style d’écriture du livre est rempli d’images et de métaphores très fortes. C’est très poétique et, parfois, assez raffiné. On cerne un peu ton univers quand on explore les vidéos de la chaîne de la Brigade du Livre, mais j’aurais aimé connaître tes influences purement stylistiques ?

Fernando Pessoa (Le livre de l’intranquillité), Christophe Siébert (Découper l’Univers), Alfred Alexandre (Le Bar des Amériques), pour le style. Il y a peut-être un peu de Paulo Coehlo, je ne sais pas… Moi, Peter Pan s’étend grandement du côté de la philosophie existentielle, thème très repris par ce dernier auteur.

Combien de temps a pris l’écriture du roman ? L’as-tu beaucoup retouché ?

L’écriture du roman s’est étalée sur deux ans, au compte-goutte, car le récit est parsemé de scènes que j’ai mûries par mes expériences personnelles. Je l’ai écrit entre mon départ de France et mon installation en Martinique. Il porte ainsi une double lecture, entre prolongement créatif et réappropriation. C’est un élément important du roman.

Une question que j’aime bien poser pour finir : peux-tu citer une œuvre méconnue (un livre, un film ou un disque) que tu aimerais faire découvrir à  nos lecteurs ?

Ma dernière lecture, très déroutante mais incisive : La Maison des Epreuves de Jason Hrivnak. Une lente coulée qui nous entraîne littéralement dans un univers glauque, fantastique, et pourtant plein d’amour.

Merci à  Michael Roch pour cette interview ! Il ne vous reste désormais plus qu’à  vous procurer Moi, Peter Pan en version papier ou numérique (chez tous les bons libraires ou sites web), et à explorer sa chaîne (cliquez donc !) La Brigade du Livre

Adeline Arénas.